RÉSIDENCE ÉTUDIANTE GRAND MORILLON: concevoir une architecture pour l’Institut de hautes études internationales et du développement

8 juin 2021 - L’Institut de hautes études internationales et du développement a inauguré le 23 février dernier la Résidence étudiante Grand Morillon, située dans le quartier des Nations au Petit-Saconnex. Le projet de cet ouvrage aux lignes déconcertantes, conçu par l’architecte japonais de renom Kengo Kuma, avait été retenu à l’issue d’un concours d’architecture sur invitation en 2017 pour sa force, sa sobriété et son élégance.

RÉSIDENCE ÉTUDIANTE GRAND MORILLON: concevoir une architecture pour l’Institut de hautes études internationales et du développement

Ce bâtiment, avant-gardiste dans sa conception, offre un cadre de vie exceptionnel et inspirant par son architecture et sa décoration lumineuses et chaleureuses. Outre 630 logements (studios et appartements de 2 ou 3 pièces), il offre des espaces communs tels que des salles d’études, un amphithéâtre, des cuisines, des salles de jeux et de fitness, une salle polyvalente, des jardins communautaires, une terrasse panoramique et un café-restaurant ouvert au public. Des portes ouvertes seront organisées le samedi 19 juin afin de permettre à chacun et chacune de découvrir ce magnifique projet (voir encadré en page 8).

ENTRETIEN AVEC KENGO KUMA, ARCHITECTE ET PROFESSEUR AU DÉPARTEMENT D’ARCHITECTURE DE LA GRADUATE SCHOOL OF ENGINEERING (UNIVERSITÉ DE TOKYO)

– Pouvez-vous décrire votre carrière ?

– Il est toujours difficile de décrire sa propre carrière, mais je peux dire que Kengo Kuma & Associates (KKAA) a commencé avec de petits moyens au moment où la bulle spéculative japonaise explosait. Nous avons dû avancer lentement, étape par étape. J’ai décidé de me concentrer sur la campagne, car la récession économique y avait moins d’impact qu’en ville. Cette décision nous a conduits, au cours des années suivantes, à nous intéresser aux matériaux naturels, à parler aux artisans et à être attentifs aux sites et à l’empreinte de notre architecture sur ceux-ci. Au fil des années, notre entreprise s’est développée progressivement, mais constamment, tant en taille qu’en diversité d’approches. Concernant la taille de KKAA, nous employons plus de 200 personnes représentant plus de 20 nationalités, mais nous essayons d’agir et de créer avec l’enthousiasme caractérisant les bureaux d’architectes plus petits et plus récents; quant à notre vision architecturale, même si nous travaillons dans de nombreux pays sur des projets couvrant une palette de tailles et de genres toujours plus large, nous tâchons de rester cohérents avec les intérêts qui nous ont guidés durant nos débuts à la campagne.

– Pourquoi avez-vous accepté de concevoir et de construire la Résidence étudiante?

– Nous nous intéressons toujours à la conception de bâtiments publics, surtout s’ils sont liés à l’éducation. Nous avons réalisé plusieurs bâtiments pour des Universités au Japon et en Europe et c’est toujours très gratifiant de voir de tels projets en service une fois terminés. Nous avions alors terminé l’ArtLab pour l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) sur leur campus principal et nous étions heureux de construire un autre bâtiment universitaire en Suisse, dans la même région. La Suisse a des normes de construction très élevées, comme au Japon. C’était donc un lieu idéal pour développer et concevoir une architecture stimulante. – Pourriez-vous définir en quelques mots votre concept de la résidence?

– Le concept principal est assez simple. Il cherche essentiellement à redéfinir la typologie habituelle des résidences, dont les appartements forment le corps principal, tandis que les espaces communs sont rassemblés en bas dans un podium ou mis dans un espace annexe. Nous voulions éviter la ségrégation verticale habituelle – les parties communes au rez-de-chaussée, les appartements dans les étages –, qui dépend beaucoup de la circulation des ascenseurs. Nous avons plutôt proposé une promenade ascendante «taillée» dans le volume de l’édifice, la balade graduelle, qui permet aux piétons d’accéder à tous les étages, du rez-de-chaussée jusqu’aux toits. Toutes les installations communes sont distribuées le long de cette promenade. Nous espérons que ce concept, en sensibilisant à la marche et en provoquant les rencontres entre résident·e·s, offrira un sentiment de communauté aux centaines d’étudiant·e·s d’origines très différentes qui cohabiteront. – Comment ce projet se situe-t-il par rapport à vos autres projets dans le monde?

– Alors que la plupart de nos projets se concentrent sur le choix des matériaux et sur des méthodes de construction innovantes, nous avons pour ce projet étudié par quelles voies nous pourrions parvenir à une nouvelle typologie architecturale d’habitat… À notre connaissance, aucun autre bâtiment n’a été conçu de cette façon jusqu’à ce jour.

GROS PLAN
PORTES OUVERTES samedi 19 juin - RÉSIDENCE éTUDIANTE GRAND MORILLON – Rue Michelle-Nicod 8, 1202 Genève

L’Institut de hautes études internationales et du développement organise, le samedi 19 juin de 10h00 à 16h30, des portes ouvertes à la Résidence étudiante Grand Morillon, rue Michelle-Nicod 8, 1202 Genève. Bus 5, direction Genève-Aéroport, arrêt: Crêts-de-Morillon. Entrée libre. Inscription obligatoire. Guidées par nos étudiantes et étudiants, vous pourrez découvrir lors d’une promenade ascendante «taillée» dans le volume de l’édifice (la balade graduelle), les appartements, les salles d’études,
l’amphithéâtre polyvalent, les cuisines partagées, les salles de jeux et de fitness, le Shop, le café-restaurant, la grande salle polyvalente, la terrasse panoramique et les salles de réunion. • Les visites guidées en français auront lieu à 10h00 et 14h30 • Les visites guidées en anglais auront lieu à 11h00 et 15h30 • La visite libre aura lieu entre 12h00 et 14h00 L’inscription est obligatoire pour toutes les visites d'ici au mercredi 16 juin, dernier délai. Pour plus d'informations et pour s'inscrire:
graduateinstitute.ch/fr/open-house

ENTRETIEN AVEC HANA SUGIYAMA, ÉTUDIANTE DE MASTER à L'INSTITUT DE HAUTES ÉTUDES INTERNATIONALES ET DU DÉVELOPPEMENT

– Vous êtes en première année de master en études du développement à l'Institut. Pourquoi avez-vous choisi de vivre dans la Résidence étudiante Grand Morillon? La réputation de Kengo Kuma a-t-elle influencé ce choix?

– Absolument. Je connais Kengo Kuma depuis longtemps, car il a conçu de nombreux bâtiments près de chez moi à Tokyo. Je me suis rendue si souvent dans son musée ou son café que son style architectural faisait déjà partie de ma vie quotidienne. Et comme j’habitais dans les environs du stade olympique de Tokyo durant sa construction, j’ai pu voir comment il avait transformé le vieux stade dont je me souvenais de mon enfance en un magnifique monument historique. C’est pourquoi, quand j’ai appris qu’il allait concevoir la nouvelle résidence, j’étais convaincue qu’il réaliserait quelque chose d’époustouflant. Pour moi, étudiante japonaise de l’Institut, c’est un grand honneur d’habiter dans un bâtiment construit par Kengo Kuma et je suis sûre que ce sera un souvenir inoubliable. Vivre dans sa création, c’est vivre dans l’art et la tradition japonais. – Qu’appréciez-vous particulièrement dans l’architecture du bâtiment?

– J’aime beaucoup la façon dont Kengo Kuma a conservé son identité, même dans un environnement étranger. Son usage iconique du bois crée une atmosphère chaleureuse et accueillante pour les nouveaux venus. La décoration est sobre, ce que j’apprécie. On ressent dans chaque espace une connexion avec la nature. Les salle d’études, les cuisines communes et mon studio sont munis de grandes fenêtres. En cette période de Covid-19 où sortir est un défi plus grand qu’auparavant, je suis bien contente de disposer d’espaces aussi animés. La frontière floue entre l’intérieur et l’extérieur est à mes yeux une autre caractéristique de l’architecture japonaise traditionnelle. Les bancs et les volets évoquent aussi cette architecture traditionnelle. Les bancs me rappellent les engawa et les volets les shoji, des panneaux coulissants faits d’un treillis en bois recouvert de papier blanc translucide. En somme, c’est excitant de retrouver dans la résidence des traditions japonaises qui me font me sentir un peu chez moi de l’autre côté de la planète.

– L’organisation de l’espace contribue-t-elle à la qualité de vie des résidents?

– Les espaces communs sont la meilleure partie de la résidence. On ne se sent jamais seul, car dès qu’on sort de sa chambre on peut interagir avec d’autres personnes. Mon espace préféré est la terrasse sur le toit. Quand j’y vais pour prendre l’air, je me sens si reconnaissante de vivre dans une si belle ville et de contempler de si belles montagnes, comme le Mont-Blanc et le Léman. C’est aussi très utile d’avoir des salles d’études dans la résidence. Il y a des moments où je ne peux pas me concentrer dans ma chambre, et avoir un autre espace pour travailler améliore à coup sûr ma productivité. 

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